Emotion et poésie…

téléchargementUn matin de juin, un vieil homme ferme la porte de sa maison et s’en va seul, à pied. Où va-t-il ? Pourquoi cet étrange voyage ?

C’est ce qu’indiquent les premières lignes de la quatrième de couverture du dernier livre de Fabienne Thomas : Inventer le jour, paru aux éditions Passiflore. Et c’est un beau chemin que va suivre ce vieil homme, ce Louis. Ses pieds avancent et, lui, dévide le fil de sa vie. Portrait tout en finesse d’un homme, Petit Poucet pudique, qui se met en route sur les routes caillouteuses à la recherche de lui-même.

J’ai été très touchée par ce magnifique récit d’amour, témoignage d’un homme dont la femme a perdu, peu à peu, la mémoire. Fabienne a une écriture poétique et musicale dont le rythme colle au cheminement de son héros.

Rien que pour le plaisir :

C’est au sortir de ces mois d’acharnement contre lui-même qu’il rencontre Anna. Ses boucles folles, ses espiègleries, son appétit de vivre. Anna la brune regarde Louis le sauvage, sa tignasse cuivrée, sa moustache un peu hirsute, son visage dont la légère asymétrie l’intrigue. Elle s’en amuse, avant de découvrir, sous leur premier baiser, le secret de Louis. Elle lui imprime dans le cœur un indélébile petit tatouage. Sa carapace était un peu plus perméable ce jour-là, ses yeux un peu plus embrumés par la timide averse. Il suffit d’un rien , un rayon de lune, une goutte de rosée, pour instiller une infime variation dans l’ordre de l’Univers. Et inventer le jour.

Inventer le jour- Fabienne Thomas- Editions Passiflore -hhttp://www.amazon.fr/Inventer-jour-Fabienne-Thomas/dp/2918471437

 

 

Un pieu en bois d’épave

En passant

livre_l_572074Je me souviens que mon cœur disait que je t’aimais, lorsque je t’ai regardée et que j’ai vu à quel point tu étais grave et résolue quand tu as séché tes larmes en me parlant, alors que j’étais là, debout, tel un pieu en bois d’épave battu par les vents. Je n’ai fait que t’aimer encore plus. N’est ce pas ce qu’on devient, à côté de celle qu’on désire le plus, Helga ma Belle, un vieux tronc de bois flotté qui se dérobe au grand amour ?

Peu après, je me suis mis à suivre la croissance de ton ventre. De loin. Ici s’avéra le bien-fondé du dicton selon lequel on éteint pas en un soir le brasier de la passion.

Best déclaration ever, je trouve !

In La lettre à Helga de Bergsveinn Birgisson. Un roman islandais dans lequel un éleveur de moutons écrit à l’amour de sa vie. Un roman dépaysant, aux paysages sauvages et aux prénoms exotiques ( le héros se nomme Bjarni Gislason de Kolkustadir…ça laisse songeur !). Un très belle histoire que je vous recommande (surtout à ma chère amie Maryvonne si elle passe par ici : ça devrait te plaire !)

Réparer les vivants

couv reparer les vivants

Attention, gros de cœur !

Vous savez comment c’est lorsque la réputation précède un ouvrage, lorsqu’on ne peut pas allumer la télévision sans entendre une interview de l’auteur…invariablement, on craint d’être déçu (non, non, aucune trace de jalousie dans cette chronique !).

Donc, je n’ai pas acheté Réparer les vivants de Maylis de Kerangal; on me l’a offert.

Et quelle découverte…

Simon Limbres part au petit matin pour une virée de surf entre copains. Au retour, après les embruns, après les rouleaux, ils sont victimes d’un grave accident et Simon atterrit en réanimation. Est-ce lui encore, ce grand corps perfusé ? Où s’arrête la vie ? Le roman raconte une transplantation cardiaque. Une histoire de cœurs, celui de Simon, celui de ses parents projetés au petit matin dans la tourmente et les mots médicaux, ceux des patients en attente de greffe…portée par une écriture puissante et magistrale, rythmée par de longues phrases qui coupent littéralement le souffle. A peine une petite virgule de temps en temps pour laisser entrer un peu d’air. Un vrai massage cardiaque, ce livre !